vendredi 30 janvier 2026

MODE ET MÉDAILLES EN CHOCOLAT

Nous vivons dans un monde en déliquescence, un monde où l’on décore à l’Élysée un petit Pharrell Williams de la Légion d’honneur lui qui fut condamné à New York pour avoir confondu hommage et photocopieuse en pillant Marvin Gaye. Un monde où l’on distribue les médailles comme des tickets de métro, à la vitesse d’un Shinkansen lancé à pleine vitesse, alors c’est à Beckham, décorée des Arts et Lettres. Elle qui n’a jamais cousu une robe ni dessiné autre chose qu’un contour de sourcil. Mais après Jacquemus, pourquoi pas ?

En vérité, c’est un monde qui chute sans même la décence de le faire élégamment. Un monde où les moins que rien sont hissés à l’honneur, un monde où l’on empâte la couleur, où l’on découpe le réel à la truelle pour que tout brille, que tout explose au final comme la rébellion de Bolotnikov. On pointille l’éléphant, on atomise le bon goût, et l’on finit par infliger à l’œil de l’esprit la même douleur que celle qu’une tôle clinquante renvoie au soleil. La vulgarité n’est jamais belle et la repeindre ne l’anoblit pas, elle la rend seulement plus bruyante.

jeudi 29 janvier 2026

ALESSANDRO MICHELE OU LE GÉNIE DE LA DÉVIATION

À la fin du XIXe siècle, un dispositif singulier fit son apparition dans les grandes villes européennes : le Kaiserpanorama. Aujourd’hui presque oublié, il demeure pourtant fondamental pour comprendre un certain régime historique de la vision. Cette machine optique collective se présentait comme une structure circulaire en bois, percée de petits oculaires, autour de laquelle le public se rassemblait pour observer des images stéréoscopiques animées.

Chacun regardait seul, bien que tous regardaient ensemble un rituel public fondé sur l’isolement du regard. Le Kaiserpanorama offrait l’accès à des villes lointaines, des paysages exotiques, des monuments, des ruines, des scènes de la vie quotidienne dans des lieux inaccessibles. Un monde entier entrait dans une pièce pour voyager sans déplacement, par la seule intensité de la vision.

Pour cette collection de Haute Couture, la Maison Valentino a recréé un Kaiserpanorama en grandeur nature, invitant les afficionados à découvrir les modèles non pas sur un podium frontal, mais à travers un dispositif circulaire de vision fragmentée. Chaque création se dévoile par un oculaire, dans une proximité presque troublante, réservée à un seul regard à la fois.

Un "peepshow" du XXIe siècle assumé, et le public, les fesses tournées sur l'extérieur regardant, par le hublot, les silhouettes défiler, où les corps deviennent images. Ainsi, Valentino choisit de ralentir, d'isoler et de concentrer. Là où l’époque multiplie les regards. La Maison les singularise. Là où la mode est souvent livrée aux foules et aux écrans, elle redevient expérience intime.

lundi 26 janvier 2026

HERMÉS LE DERNIER SOUFFLE D’UNE ÉLÉGANCE ÉTERNELLE


Quand Véronique Nichanian, gardienne patiente et souveraine de l’homme Hermès depuis trente-sept années, s’apprête à quitter la scène, une émotion grave et profonde circule comme une onde sous les voûtes du soir. Ce qui fut longtemps un rendez-vous presque monacal au Palais d’Iéna s’est déplacé, à l’heure où le jour se retire, vers le Palais Brongniart, métamorphosé en vaste cérémonie du souvenir. Là, dans la pénombre dorée, la reconnaissance semble suspendue dans l’air même que l’on respire. Elle émane des visages rassemblés, des figures célèbres qui l’ont croisée sur leur chemin, comme des artisans de l’ombre qui l’ont accompagnée.

mercredi 21 janvier 2026

LA MODE EN MÉNAGERIE SUR CINTRE

Marco de Vincenzo, samedi soir, a décidé que le summum du chic, c’était de se promener avec une tête de rhinocéros miniature sur son veston. Y a-t-il un message en lien avec le livre d’Eugène Ionesco ? Évidemment non, car les gens de mode ne lisent pas. Il s’agit simplement d’une performance où un styliste décide de coller un empaillé sur le podium, faisant écho aux autres empaillés du public, et personne n’y a rien vu!

Mais ici, pas de message écologique ou animalier : Marco s’inspire d’une campagne de 1997, où l’humain et l’animal fusionnaient. Sans doute l’époque bénie où l’on confondait un mannequin et une girafe après trois verres de chianti, sorte de « condamnés de draps communs « .

Entre classicisme et fantaisie, un prétexte pour mettre des plumes sur des tweeds, et appeler cela une « réflexion sur l’instinct face à l’intellect ». Autrement dit : si c’est moche et cher, c’est la touche conceptuelle façon Jacque-mumuse.

Les smokings sont en soie, les manteaux en tweed, les revers en plumes, et les blousons décorés de tête de hiboux autrement dit, une ménagerie sur cintre. On imagine la scène : « Chéri, tu as vu mon pull hibou ? Non, mais il était chouette ! »

lundi 19 janvier 2026

LES JIKATABI COPIÉS PAR LA KARDA


Les jikatabi sont des chaussures traditionnelles japonaises au design reconnaissable à leur séparation des orteils. Contrairement au folklore paresseux qui les colle aux ninjas de pacotille, elles sont nées au début du XXe siècle sous l’impulsion de Tokujiro Ishibashi, frère du fondateur de Bridgestone.

Il n’en fallait manifestement pas plus pour que La Kim Kardashian s’en empare, les recycle, les dilue, puis les sert tièdes dans une association opportuniste avec Nike. Cette mécanique de copies culturelles, pudiquement rebaptisées “inspirations”, a permis à l’empire Kardashian d’atteindre une valorisation obscène de 5 milliards de dollars, tout en tirant dans son sillage des marques comme Alo ou Lululemon. Peu importe que certaines trébuchent ensuite, l’important est d’avoir pressé le citron jusqu’à la dernière goutte pour changer sa Rolls.

Voici donc celle que l’on a accueillie à bras ouverts à la Paris Fashion Week, et qui, désormais, ne se contente plus de prospérer sur le dos des couturiers français, mais s’attaque aussi aux cultures qu’elle ne comprend pas. Ce pillage est presque logique chez quelqu’un qui n’a rien à transmettre, rien à défendre, rien à incarner.

Rien d’étonnant, au fond, chez quelqu’un qui n’a ni héritage intellectuel, ni regard, ni vision. Kim, la surface brillante ou tout glisse, et rien ne s’imprime. La Trump au féminin, mais sans même l’effort de la caricature politique. Même brutalité marchande, même indifférence aux autres, même obsession du chiffre.

Une femme d’affaires “successful”, certes ! Mais culturellement analphabète, éthiquement creuse, et fièrement hors-sol. Un miracle de vacuité transformé en empire.

FM

vendredi 16 janvier 2026

MADONNA LA PROVOCATION TYPE EHPAD

Madonna, en combinaison sexy pour Dolce & Gabbana, 67 ans au compteur est toujours branchée sur la prise haute « pension » de la provocation. L’information circule comme un scoop, alors qu’elle ressemble plutôt à une rediffusion obstinée de l’Ortf. La transgression, ici, n’est plus un geste, mais un réflexe conditionné, un tic de star qui confond scandale et respiration artificielle.

La mode adore les fantômes qui refusent de traverser le miroir. Madonna, jadis sismographe du désir et dynamite culturelle, devient ici vitrine. Non pas icône libre, mais produit sous cellophane, exhibé comme une preuve de concept. Regardez, semble dire la campagne, le temps n’existe pas, la chair ne se fatigue pas, le désir est Photoshop-compatible, pour un mensonge poli, un mensonge luxueux.

Ce n’est pas une femme libre qu’on expose, c’est un cadavre retouché de plastique, pur un corps momifié par la lumière, la chirurgie et la peur panique de disparaître. La chair n’est plus vivante, elle est gérée, administrée, Lissée jusqu’à devenir une surface publicitaire sans histoire ni vérité. Ce n’est pas l’âge qui est montré, c’est son effacement.

Autrefois, grenade dégoupillée dans la culture pop, elle n’est plus qu’un hologramme crispé, condamné à surjouer l’outrage pour masquer le vide. Elle ne choque plus personne. Elle mendie l’attention comme un empire déchu exhibe ses ruines. La provocation est devenue sa perfusion.

jeudi 15 janvier 2026

VIVRE OU SE RACONTER UNE ILLUSION CONTEMPORAINE



FM. : Vous dites que vous “débloquez l’invisible”. On parle de quoi exactement ?

Odile Laganier :

De ce qui freine en silence. Ce n’est pas forcément spectaculaire. Ce sont des automatismes, des loyautés familiales, des croyances héritées, des mécanismes de protection, des non-dits, des peurs, parfois juste un mauvais câblage avec le monde. La plupart des gens pensent qu’ils ont un problème de stratégie. En réalité, ils ont un conflit intérieur non résolu. On ne peut pas piloter sa vie si une partie de soi est encore en train de survivre.

FM. : Beaucoup de vos clients ont “réussi” sur le papier. Pourquoi viennent-ils quand même vous voir ?

Odile Laganier :

Parce que la réussite externe ne remplace pas la paix interne. On peut avoir coché toutes les cases mais ne pas habiter sa vie. On peut être applaudi mais pas aligné. On peut avoir la bonne trajectoire mais pas la bonne énergie. Et quand ça se voit, c’est tard. Quand ça se sent, c’est le bon moment pour intervenir.

FM. : Concrètement, comment vous travaillez ?

mercredi 14 janvier 2026

LE SAVIEZ-VOUS ?

Avant d’être une obsession de collectionneurs, une devise de luxe ou un objet d’enchères, la sneaker est née d’un verbe : To sneak, se glisser. Avancer sans bruit. Échapper au regard. Tout est déjà là. À la fin du XIXe siècle, les chaussures font du vacarme. Le cuir claque, le talon martèle, la démarche annonce l’homme avant même qu’il n’entre dans la pièce. Puis, arrive une révolution silencieuse : la semelle en caoutchouc. Grâce à elle, on peut marcher sans être entendu. Les Anglais parlent de sneakers, ceux qui peuvent “sneak”, se faufiler. Le mot colle à la chaussure comme la gomme au sol.

D’abord utilitaire, presque modeste, la sneaker est l’enfant du sport : Tennis, croquet, athlétisme. En 1917, Converse lance l’All Star, bientôt adoptée par Chuck Taylor, et la sneaker commence à comprendre qu’elle peut raconter autre chose que la performance. Elle devient identité.

Le XXe siècle l’attrape par la cheville et l’emmène courir partout. Dans les années 1950, James Dean la porte comme un refus poli de l’ordre établi. Dans les années 1970, les rues de New York s’en emparent. La sneaker danse avec le hip-hop, court avec le basket, rappe avec les ghettos, signe des alliances avec les cultures marginales. Elle devient langage.

vendredi 19 décembre 2025

LE BELMONOPOLY DU LUXE DE L’ABSURDIE


Dans cette ère où certains Américains tournent le dos à l’Europe tout en vampirisant son esthétique, on observe un phénomène délicieux comme un croissant généré en 3D. Ils ne veulent plus mettre un pied sur le Vieux Continent mais leurs centres commerciaux se déguisent cependant en fausses piazzas, leurs parkings bondés jouxtent des canaux chlorés façon Venise, et les boutiques arborent des frontons qui tentent désespérément de ressembler à Florence .

Pendant ce temps, ironie étincelante, la franchise alimentaire, la plus performante du royaume du burger, n’est ni à New York, ni à Chicago, mais… en France. Là où les Français, dans un geste d’appropriation culinaire digne d’un détournement poétique, ont transformé le McDo en salon de thé futuriste, habillé de bois clair, de vitrines façon pâtisserie nordique et d’un soupçon de design minimaliste qui ferait pleurer un architecte du Midwest. Résultat : ce sont ces McDo hexagonaux qui tiennent tout le groupe par les lacets des sneakers dollars.

jeudi 18 décembre 2025

L’ÈRE DE L’OPINION SANS MÉTIER

Nous vivons une époque admirable : chacun y est spécialiste de tout, à condition de n’avoir jamais rien pratiqué. Le savoir y est jugé suspect, l’expérience arrogante, et la compétence, franchement indécente. Il suffit désormais de parler pour exister, et mieux encore : de parler mal, et surtout en abondance. L’opinion est devenue une carrière, et l’ignorance, une posture.

Ainsi donc, la Chine, ce pays que l’on disait si peu porté sur la fantaisie, vient de commettre l’impolitesse suprême : demander des compétences à ceux qui parlent de sujets qu'ils ne connaissent pas. Oui, des compétences ! Des diplômes, du savoir, du métier, l’horreur absolue pour une ère moderne où l’opinion se porte comme une casquette et la légitimité se télécharge avec un filtre.

C'est donc à compter du 25 octobre 2025 que les prophètes autoproclamés, les spécialistes nés entre deux stories, les experts en tout et spécialistes en rien, dont la seule qualification est d’avoir parlé plus fort que les autres, seraient bannis de la Chine. En somme, la Chine a osé rappeler que le sérieux n’est pas un hobby du dimanche.

mercredi 17 décembre 2025

ROCCO IANNONE, L’ÉLÉGANCE À RÉGIME CONSTANT

Rocco Iannone officie chez Ferrari Style comme on veille sur un moteur de légende. Directeur de la création, il dessine les collections, orchestre les silhouettes, ajuste les accessoires avec la précision d’un geste appris sur des mécaniques rares. Avant Maranello, il a traversé des maisons aux traditions solides, Giorgio Armani, Pal Zileri, Dolce & Gabbana, autant d’écoles où l’élégance se mesure au millimètre et au temps long.

Chez Ferrari, sa mode ne rugit pas pour attirer les foules. Elle ne cherche ni l’éclair du buzz ni la fuite en avant des tendances. Elle avance à régime constant, réglée, disciplinée. Certains y voient une mode d’ingénieurs devenue élégante, où chaque couture répond à une fonction, chaque ligne s’assemble comme une pièce de moteur, indispensable, silencieuse, efficace.

Le créateur ne signe pas un manifeste, il construit un vestiaire. Une garde-robe pensée comme une extension naturelle de la marque, de son ADN, de sa rigueur. Une mode guidée et contrôlée jusqu’à l’os, presque corporative, oui, mais dans ce que le mot a de plus noble. Une élégance sous contrôle, qui préfère la maîtrise à l’esbroufe, et la durée à l’instant.

FM

lundi 15 décembre 2025

VOYAGE AU BOUT DE L’ENNUI

On a glissé dedans sans s’en apercevoir. Pas de bottes, pas de clairons, juste une fatigue immense, générale, comme une fièvre molle. Le monde ne s’est pas durci d’un coup, il s’est ramolli, voilà le vrai danger.

Trump gesticule comme un bateleur furieux, et promet l’ordre à coups de slogans, pendant que la Chine range ses citoyens comme des fichiers bien ordonnés et que la Russie serre le poing sur un passé qu’elle maquille en avenir. Trois formes de la même passion triste, gouvernées par la peur, par le bruit, par l’écrasement, on appelle ça puissance. C’est surtout une panique organisée.

Certains y voient un complot, un grand basculement fantasmé, un récit commode pour donner un visage à leur angoisse. D’autres n’y voient rien du tout, trop occupés à survivre. La vérité, elle, marche sans discours, elle avance avec des sacs en plastique et des enfants fatigués. Le monde se déplace parce qu’il brûle par endroits, parce qu’il étouffe ailleurs. Rien de mystique là-dedans. Juste la vie qui cherche encore un endroit respirable.

Mais, pendant que les corps bougent, les esprits, eux, s’ankylosent. Le numérique a gagné. Pas comme un tyran brutal, non. Comme une friandise permanente. Flux continu, images sans repos, indignations prêtes-à-consommer. On ne pense plus, on réagit. On ne comprend plus, on partage. L’information n’informe plus, elle abrutit par saturation. Trop de tout, plus de rien.

vendredi 12 décembre 2025

LA CALME DE LA BEAUTÉ FERRAGAMO


Il y a chez Maximilian Davis une manière de traverser le monde comme si celui-ci n’était jamais tout à fait armé pour troubler sa paix intérieure. Même la fausse alarme incendie, qui a jeté les bimbos du siège de Ferragamo sur les trottoirs glacés de Milan, n’a réussi qu’à lui arracher un regard doux, presque excusé, envers un destin qui s’entête parfois à faire du tapage inutile. Les autres grelottaient, sauf les bimbos habituées à attendre sur le trottoir dans leur ancien métier.

Sa collection, elle, n’avait rien d’aussi placide. On y sentait une volonté obstinée de rappeler que la beauté, quand elle veut bien, sait encore se battre. Il y avait cette veste réversible en peau lainée, bordeaux profond comme un secret qu’on ne confie qu’à la tombée du soir, et ce trench souple qui avançait avec l’assurance silencieuse des choses bien faites. Une saharienne en daim vert militaire pour les hommes désireux de feindre la recherche d’une conquête, des robes drapées en laine légère qui semblaient tenir debout par la seule persuasion de leur élégance, et ces ensembles en crêpe où des nœuds de cuir murmuraient qu’il existe encore des détails capables de sauver une journée.

jeudi 4 décembre 2025

A GURU-PREACHER OF THE VOID

Williams offers us yet another celestial illumination, dressed in Adidas and aphorisms. That evening, under the New York spotlights, he didn’t just accept an award: he delivered a revelation. A sneaker-clad homily. The “shoe of the year” is a nice touch, but above all, it brought us the “quote of the decade.”

One must acknowledge the man’s true talent: elevating banality to the rank of profundity. “God is great”; “I’m from Virginia”; “I got my first pair of sneakers at sixteen.” So many cymbal crashes announcing… nothing. But since it’s delivered with gravity, the audience applauds, convinced they are witnessing the birth of a prophet of the pavement transfigured into a messiah of marketing.

One might have hoped for a bit of substance behind the staging, a thread of thought behind the slogans. But no: Pharrell mostly preaches for his brand and for his legend. He doesn’t recount hardship; he puts it on display. The story of the poor kid turned icon serves less to enlighten than to sell a shoe, as if transcendence lay in a well-designed sole.

mercredi 3 décembre 2025

LE LUXE EN QUÊTE D’ÉTERNITÉ

D’après une étude récente, le groupe du Seigneur s’élève, tel un astre souverain, au sommet de la constellation du luxe cherchant à enlacer le monde de l’art. Dans son sillage, Kering s’avance avec gravité, suivi par Chanel, silhouette élégante dans cette danse silencieuse des géants du luxe Français.

Des cathédrales de pierre que l’on restaure, aux sanctuaires que sont les musées, des alliances tissées avec des artistes visionnaires ou des architectes bâtisseurs d’horizons, le groupe du seigneur orchestre un dialogue subtil entre création et pouvoir, encouragé par une fiscalité qui semble souffler dans ses voiles.

Mais, accomplir une telle quête dans un monde qui se fissure demande une adresse rare. D’où l’impérieuse nécessité d’investir des territoires dans lesquels les frontières se gomment : les arts, éclats d’éternité, et le sport, pulsation universelle.

Dans cette arène fragile, les grandes maisons sont les mieux armées pour transformer ces alliances en forces nouvelles : elles portent en elles le poids des héritages des pays qui les accueillent, la puissance des fortunes et l’art consommé sert à amplifier leur légende.

mardi 2 décembre 2025

CONFESSIONS IMPROBABLES D’UN SNOB FASHION

Si un jour, j’avais eu l’idée totalement folle, pour ne pas dire suicidaire, de travailler dans la mode, j’aurais commencé par me fabriquer un nom. Pas un nom banal, non : un nom avec un « DE », façon aristocratie consanguine. Un truc du genre « De Machin chose », dont le grand-père, évidemment, aurait été ambassadeur au Mexique, parce qu’il faut bien un ancêtre exotique pour crédibiliser son snobisme.

Ensuite, j’aurais inventé un arrière-grand-père d’Espagne sous la grande Cordoue, haut fonctionnaire pour le « Faucon des Quraych, « les cultivés comprendront ». De toute manière, dans la mode, plus c’est invraisemblable, plus cela passe.

Rebaptisé « Louis Perez de Mouclieros », j’aurais lancé mon propre storytelling. Issu d’une grande famille, poussé par des parents (imaginaires) à entrer à Polytechnique, j’aurais ainsi acquis ce précieux bagage totalement décoratif qui ouvre toutes les portes des grandes maisons, généraliste sur tout et spécialiste en rien.

Une fois dedans, la stratégie est simple :
— acquiescer mollement de la tête à tout ce qui se dit ;
— répéter « j’adore » à intervalles réguliers, même pour un truc objectivement hideux ;
— Et surtout, adopter la position dite du « quatre-pattes corporatif », un classique du milieu, garant d’une ascension fulgurante pour qui sait renoncer à sa dignité avec élégance.

lundi 1 décembre 2025

BABYLONE HÉRITAGE DE NABUCHODONOSOR

Babylone, mère des cités et berceau de l’imaginaire, le roi Nabuchodonosor y inventa le code d’Hammurabi, la tour de Babel, la porte d’Ishtar… Autant de noms qui résonnent comme des mythes fondateurs. À eux seuls, ils dressent les contours de l’univers babylonien, cet âge d’or du Proche-Orient ancien où science, architecture, spiritualité et pouvoir s’entremêlaient pour façonner l’une des plus influentes civilisations de l’humanité. B comme Babylone, ville emblématique, cité-monde avant l’heure, dont la renommée survit alors même que les traces matérielles se sont presque entièrement dissoutes dans la poussière du désert.

Une cité colossale et pourtant fantôme, car Babylone s’étendait sur près de 500 hectares, protégée par un système défensif monumental : une triple enceinte de doubles murailles, prouesse technique inégalée pour l’époque. Au cœur de la ville s’élevait la ziggourat Etemenanki, la fameuse tour de Babel, structure sacrée haute d’environ 90 mètres. Illuminée par le soleil mésopotamien, elle dominait majestueusement la plaine, visible à des kilomètres à la ronde.

vendredi 28 novembre 2025

ARISTOCRATE DU LUXE

Parler de ces Aristocrates du luxe et de leur plaisir de consommer la soumission, pas celle que vous trouverez sous la gorge profonde que certaines demi-mondaines certifiées ISO-9001 arborent, mais aussi les autres qui rentrent dans le bureau du seigneur la peur au ventre.

Un jour de printemps, une impertinente s’était introduite avenue Montaigne dans le bureau du Seigneur par une petite fente laissée là par inadvertance. Mais, quand l’aristocrate sentit le vrombissement sur son cou, il éprouva un souvenir ancien, celui du couperet de la guillotine d’antan. Ainsi, il fit convoquer tous ses cadres et directeurs de service en leur vociférant, « munissez-vous d’un journal grand Dieu et montez dans mon bureau ! » Chacun arriva donc avec des « Vogues », « Bazaars » et « Echos de la mouche » afin de chasser l’intruse qui était venue perturber sa méditation.

Tous les plus hauts cadres étaient là, et la rebelle virevoltait dans tout l’espace immense dont les fenêtres donnaient sur le plus beau fleuron du maître des lieux qu’il « Adior ». Ainsi, une danse macabre de lourdauds commença. Le diptère naviguait entre les sculptures de Giacometti, les Picasso, et finalement, le Manet fut sa dernière demeure. Quelle fin !