vendredi 16 janvier 2026

MADONNA LA PROVOCATION TYPE EHPAD

Madonna, en combinaison sexy pour Dolce & Gabbana, 67 ans au compteur est toujours branchée sur la prise haute « pension » de la provocation. L’information circule comme un scoop, alors qu’elle ressemble plutôt à une rediffusion obstinée de l’Ortf. La transgression, ici, n’est plus un geste, mais un réflexe conditionné, un tic de star qui confond scandale et respiration artificielle.

La mode adore les fantômes qui refusent de traverser le miroir. Madonna, jadis sismographe du désir et dynamite culturelle, devient ici vitrine. Non pas icône libre, mais produit sous cellophane, exhibé comme une preuve de concept. Regardez, semble dire la campagne, le temps n’existe pas, la chair ne se fatigue pas, le désir est Photoshop-compatible, pour un mensonge poli, un mensonge luxueux.

Ce n’est pas une femme libre qu’on expose, c’est un cadavre retouché de plastique, pur un corps momifié par la lumière, la chirurgie et la peur panique de disparaître. La chair n’est plus vivante, elle est gérée, administrée, Lissée jusqu’à devenir une surface publicitaire sans histoire ni vérité. Ce n’est pas l’âge qui est montré, c’est son effacement.

Autrefois, grenade dégoupillée dans la culture pop, elle n’est plus qu’un hologramme crispé, condamné à surjouer l’outrage pour masquer le vide. Elle ne choque plus personne. Elle mendie l’attention comme un empire déchu exhibe ses ruines. La provocation est devenue sa perfusion.

jeudi 15 janvier 2026

VIVRE OU SE RACONTER UNE ILLUSION CONTEMPORAINE



FM. : Vous dites que vous “débloquez l’invisible”. On parle de quoi exactement ?

Odile Laganier :

De ce qui freine en silence. Ce n’est pas forcément spectaculaire. Ce sont des automatismes, des loyautés familiales, des croyances héritées, des mécanismes de protection, des non-dits, des peurs, parfois juste un mauvais câblage avec le monde. La plupart des gens pensent qu’ils ont un problème de stratégie. En réalité, ils ont un conflit intérieur non résolu. On ne peut pas piloter sa vie si une partie de soi est encore en train de survivre.

FM. : Beaucoup de vos clients ont “réussi” sur le papier. Pourquoi viennent-ils quand même vous voir ?

Odile Laganier :

Parce que la réussite externe ne remplace pas la paix interne. On peut avoir coché toutes les cases mais ne pas habiter sa vie. On peut être applaudi mais pas aligné. On peut avoir la bonne trajectoire mais pas la bonne énergie. Et quand ça se voit, c’est tard. Quand ça se sent, c’est le bon moment pour intervenir.

FM. : Concrètement, comment vous travaillez ?

mercredi 14 janvier 2026

LE SAVIEZ-VOUS ?

Avant d’être une obsession de collectionneurs, une devise de luxe ou un objet d’enchères, la sneaker est née d’un verbe : To sneak, se glisser. Avancer sans bruit. Échapper au regard. Tout est déjà là. À la fin du XIXe siècle, les chaussures font du vacarme. Le cuir claque, le talon martèle, la démarche annonce l’homme avant même qu’il n’entre dans la pièce. Puis, arrive une révolution silencieuse : la semelle en caoutchouc. Grâce à elle, on peut marcher sans être entendu. Les Anglais parlent de sneakers, ceux qui peuvent “sneak”, se faufiler. Le mot colle à la chaussure comme la gomme au sol.

D’abord utilitaire, presque modeste, la sneaker est l’enfant du sport : Tennis, croquet, athlétisme. En 1917, Converse lance l’All Star, bientôt adoptée par Chuck Taylor, et la sneaker commence à comprendre qu’elle peut raconter autre chose que la performance. Elle devient identité.

Le XXe siècle l’attrape par la cheville et l’emmène courir partout. Dans les années 1950, James Dean la porte comme un refus poli de l’ordre établi. Dans les années 1970, les rues de New York s’en emparent. La sneaker danse avec le hip-hop, court avec le basket, rappe avec les ghettos, signe des alliances avec les cultures marginales. Elle devient langage.

vendredi 19 décembre 2025

LE BELMONOPOLY DU LUXE DE L’ABSURDIE


Dans cette ère où certains Américains tournent le dos à l’Europe tout en vampirisant son esthétique, on observe un phénomène délicieux comme un croissant généré en 3D. Ils ne veulent plus mettre un pied sur le Vieux Continent mais leurs centres commerciaux se déguisent cependant en fausses piazzas, leurs parkings bondés jouxtent des canaux chlorés façon Venise, et les boutiques arborent des frontons qui tentent désespérément de ressembler à Florence .

Pendant ce temps, ironie étincelante, la franchise alimentaire, la plus performante du royaume du burger, n’est ni à New York, ni à Chicago, mais… en France. Là où les Français, dans un geste d’appropriation culinaire digne d’un détournement poétique, ont transformé le McDo en salon de thé futuriste, habillé de bois clair, de vitrines façon pâtisserie nordique et d’un soupçon de design minimaliste qui ferait pleurer un architecte du Midwest. Résultat : ce sont ces McDo hexagonaux qui tiennent tout le groupe par les lacets des sneakers dollars.

jeudi 18 décembre 2025

L’ÈRE DE L’OPINION SANS MÉTIER

Nous vivons une époque admirable : chacun y est spécialiste de tout, à condition de n’avoir jamais rien pratiqué. Le savoir y est jugé suspect, l’expérience arrogante, et la compétence, franchement indécente. Il suffit désormais de parler pour exister, et mieux encore : de parler mal, et surtout en abondance. L’opinion est devenue une carrière, et l’ignorance, une posture.

Ainsi donc, la Chine, ce pays que l’on disait si peu porté sur la fantaisie, vient de commettre l’impolitesse suprême : demander des compétences à ceux qui parlent de sujets qu'ils ne connaissent pas. Oui, des compétences ! Des diplômes, du savoir, du métier, l’horreur absolue pour une ère moderne où l’opinion se porte comme une casquette et la légitimité se télécharge avec un filtre.

C'est donc à compter du 25 octobre 2025 que les prophètes autoproclamés, les spécialistes nés entre deux stories, les experts en tout et spécialistes en rien, dont la seule qualification est d’avoir parlé plus fort que les autres, seraient bannis de la Chine. En somme, la Chine a osé rappeler que le sérieux n’est pas un hobby du dimanche.

mercredi 17 décembre 2025

ROCCO IANNONE, L’ÉLÉGANCE À RÉGIME CONSTANT

Rocco Iannone officie chez Ferrari Style comme on veille sur un moteur de légende. Directeur de la création, il dessine les collections, orchestre les silhouettes, ajuste les accessoires avec la précision d’un geste appris sur des mécaniques rares. Avant Maranello, il a traversé des maisons aux traditions solides, Giorgio Armani, Pal Zileri, Dolce & Gabbana, autant d’écoles où l’élégance se mesure au millimètre et au temps long.

Chez Ferrari, sa mode ne rugit pas pour attirer les foules. Elle ne cherche ni l’éclair du buzz ni la fuite en avant des tendances. Elle avance à régime constant, réglée, disciplinée. Certains y voient une mode d’ingénieurs devenue élégante, où chaque couture répond à une fonction, chaque ligne s’assemble comme une pièce de moteur, indispensable, silencieuse, efficace.

Le créateur ne signe pas un manifeste, il construit un vestiaire. Une garde-robe pensée comme une extension naturelle de la marque, de son ADN, de sa rigueur. Une mode guidée et contrôlée jusqu’à l’os, presque corporative, oui, mais dans ce que le mot a de plus noble. Une élégance sous contrôle, qui préfère la maîtrise à l’esbroufe, et la durée à l’instant.

FM

lundi 15 décembre 2025

VOYAGE AU BOUT DE L’ENNUI

On a glissé dedans sans s’en apercevoir. Pas de bottes, pas de clairons, juste une fatigue immense, générale, comme une fièvre molle. Le monde ne s’est pas durci d’un coup, il s’est ramolli, voilà le vrai danger.

Trump gesticule comme un bateleur furieux, et promet l’ordre à coups de slogans, pendant que la Chine range ses citoyens comme des fichiers bien ordonnés et que la Russie serre le poing sur un passé qu’elle maquille en avenir. Trois formes de la même passion triste, gouvernées par la peur, par le bruit, par l’écrasement, on appelle ça puissance. C’est surtout une panique organisée.

Certains y voient un complot, un grand basculement fantasmé, un récit commode pour donner un visage à leur angoisse. D’autres n’y voient rien du tout, trop occupés à survivre. La vérité, elle, marche sans discours, elle avance avec des sacs en plastique et des enfants fatigués. Le monde se déplace parce qu’il brûle par endroits, parce qu’il étouffe ailleurs. Rien de mystique là-dedans. Juste la vie qui cherche encore un endroit respirable.

Mais, pendant que les corps bougent, les esprits, eux, s’ankylosent. Le numérique a gagné. Pas comme un tyran brutal, non. Comme une friandise permanente. Flux continu, images sans repos, indignations prêtes-à-consommer. On ne pense plus, on réagit. On ne comprend plus, on partage. L’information n’informe plus, elle abrutit par saturation. Trop de tout, plus de rien.

vendredi 12 décembre 2025

LA CALME DE LA BEAUTÉ FERRAGAMO


Il y a chez Maximilian Davis une manière de traverser le monde comme si celui-ci n’était jamais tout à fait armé pour troubler sa paix intérieure. Même la fausse alarme incendie, qui a jeté les bimbos du siège de Ferragamo sur les trottoirs glacés de Milan, n’a réussi qu’à lui arracher un regard doux, presque excusé, envers un destin qui s’entête parfois à faire du tapage inutile. Les autres grelottaient, sauf les bimbos habituées à attendre sur le trottoir dans leur ancien métier.

Sa collection, elle, n’avait rien d’aussi placide. On y sentait une volonté obstinée de rappeler que la beauté, quand elle veut bien, sait encore se battre. Il y avait cette veste réversible en peau lainée, bordeaux profond comme un secret qu’on ne confie qu’à la tombée du soir, et ce trench souple qui avançait avec l’assurance silencieuse des choses bien faites. Une saharienne en daim vert militaire pour les hommes désireux de feindre la recherche d’une conquête, des robes drapées en laine légère qui semblaient tenir debout par la seule persuasion de leur élégance, et ces ensembles en crêpe où des nœuds de cuir murmuraient qu’il existe encore des détails capables de sauver une journée.

jeudi 4 décembre 2025

A GURU-PREACHER OF THE VOID

Williams offers us yet another celestial illumination, dressed in Adidas and aphorisms. That evening, under the New York spotlights, he didn’t just accept an award: he delivered a revelation. A sneaker-clad homily. The “shoe of the year” is a nice touch, but above all, it brought us the “quote of the decade.”

One must acknowledge the man’s true talent: elevating banality to the rank of profundity. “God is great”; “I’m from Virginia”; “I got my first pair of sneakers at sixteen.” So many cymbal crashes announcing… nothing. But since it’s delivered with gravity, the audience applauds, convinced they are witnessing the birth of a prophet of the pavement transfigured into a messiah of marketing.

One might have hoped for a bit of substance behind the staging, a thread of thought behind the slogans. But no: Pharrell mostly preaches for his brand and for his legend. He doesn’t recount hardship; he puts it on display. The story of the poor kid turned icon serves less to enlighten than to sell a shoe, as if transcendence lay in a well-designed sole.

mercredi 3 décembre 2025

LE LUXE EN QUÊTE D’ÉTERNITÉ

D’après une étude récente, le groupe du Seigneur s’élève, tel un astre souverain, au sommet de la constellation du luxe cherchant à enlacer le monde de l’art. Dans son sillage, Kering s’avance avec gravité, suivi par Chanel, silhouette élégante dans cette danse silencieuse des géants du luxe Français.

Des cathédrales de pierre que l’on restaure, aux sanctuaires que sont les musées, des alliances tissées avec des artistes visionnaires ou des architectes bâtisseurs d’horizons, le groupe du seigneur orchestre un dialogue subtil entre création et pouvoir, encouragé par une fiscalité qui semble souffler dans ses voiles.

Mais, accomplir une telle quête dans un monde qui se fissure demande une adresse rare. D’où l’impérieuse nécessité d’investir des territoires dans lesquels les frontières se gomment : les arts, éclats d’éternité, et le sport, pulsation universelle.

Dans cette arène fragile, les grandes maisons sont les mieux armées pour transformer ces alliances en forces nouvelles : elles portent en elles le poids des héritages des pays qui les accueillent, la puissance des fortunes et l’art consommé sert à amplifier leur légende.

mardi 2 décembre 2025

CONFESSIONS IMPROBABLES D’UN SNOB FASHION

Si un jour, j’avais eu l’idée totalement folle, pour ne pas dire suicidaire, de travailler dans la mode, j’aurais commencé par me fabriquer un nom. Pas un nom banal, non : un nom avec un « DE », façon aristocratie consanguine. Un truc du genre « De Machin chose », dont le grand-père, évidemment, aurait été ambassadeur au Mexique, parce qu’il faut bien un ancêtre exotique pour crédibiliser son snobisme.

Ensuite, j’aurais inventé un arrière-grand-père d’Espagne sous la grande Cordoue, haut fonctionnaire pour le « Faucon des Quraych, « les cultivés comprendront ». De toute manière, dans la mode, plus c’est invraisemblable, plus cela passe.

Rebaptisé « Louis Perez de Mouclieros », j’aurais lancé mon propre storytelling. Issu d’une grande famille, poussé par des parents (imaginaires) à entrer à Polytechnique, j’aurais ainsi acquis ce précieux bagage totalement décoratif qui ouvre toutes les portes des grandes maisons, généraliste sur tout et spécialiste en rien.

Une fois dedans, la stratégie est simple :
— acquiescer mollement de la tête à tout ce qui se dit ;
— répéter « j’adore » à intervalles réguliers, même pour un truc objectivement hideux ;
— Et surtout, adopter la position dite du « quatre-pattes corporatif », un classique du milieu, garant d’une ascension fulgurante pour qui sait renoncer à sa dignité avec élégance.

lundi 1 décembre 2025

BABYLONE HÉRITAGE DE NABUCHODONOSOR

Babylone, mère des cités et berceau de l’imaginaire, le roi Nabuchodonosor y inventa le code d’Hammurabi, la tour de Babel, la porte d’Ishtar… Autant de noms qui résonnent comme des mythes fondateurs. À eux seuls, ils dressent les contours de l’univers babylonien, cet âge d’or du Proche-Orient ancien où science, architecture, spiritualité et pouvoir s’entremêlaient pour façonner l’une des plus influentes civilisations de l’humanité. B comme Babylone, ville emblématique, cité-monde avant l’heure, dont la renommée survit alors même que les traces matérielles se sont presque entièrement dissoutes dans la poussière du désert.

Une cité colossale et pourtant fantôme, car Babylone s’étendait sur près de 500 hectares, protégée par un système défensif monumental : une triple enceinte de doubles murailles, prouesse technique inégalée pour l’époque. Au cœur de la ville s’élevait la ziggourat Etemenanki, la fameuse tour de Babel, structure sacrée haute d’environ 90 mètres. Illuminée par le soleil mésopotamien, elle dominait majestueusement la plaine, visible à des kilomètres à la ronde.

vendredi 28 novembre 2025

ARISTOCRATE DU LUXE

Parler de ces Aristocrates du luxe et de leur plaisir de consommer la soumission, pas celle que vous trouverez sous la gorge profonde que certaines demi-mondaines certifiées ISO-9001 arborent, mais aussi les autres qui rentrent dans le bureau du seigneur la peur au ventre.

Un jour de printemps, une impertinente s’était introduite avenue Montaigne dans le bureau du Seigneur par une petite fente laissée là par inadvertance. Mais, quand l’aristocrate sentit le vrombissement sur son cou, il éprouva un souvenir ancien, celui du couperet de la guillotine d’antan. Ainsi, il fit convoquer tous ses cadres et directeurs de service en leur vociférant, « munissez-vous d’un journal grand Dieu et montez dans mon bureau ! » Chacun arriva donc avec des « Vogues », « Bazaars » et « Echos de la mouche » afin de chasser l’intruse qui était venue perturber sa méditation.

Tous les plus hauts cadres étaient là, et la rebelle virevoltait dans tout l’espace immense dont les fenêtres donnaient sur le plus beau fleuron du maître des lieux qu’il « Adior ». Ainsi, une danse macabre de lourdauds commença. Le diptère naviguait entre les sculptures de Giacometti, les Picasso, et finalement, le Manet fut sa dernière demeure. Quelle fin !

jeudi 27 novembre 2025

IA, CE QUE TOUT LE MONDE VOIT ET QUE PERSONNE NE MESURE

Depuis quelques années, la Mode vit une transformation qui ne ressemble à aucune autre. Une révolution presque silencieuse, qui avance masquée sous les paillettes du marketing digital. Car pendant que l’on discute d’IA générative et de campagnes ultra-personnalisées, les vraies mutations sont ailleurs: dans les processus, dans les organisations, dans les habitudes des acheteurs et dans le pouvoir que ces outils redessinent. La vision de Canal-luxe et de ses dirigeant met en lumière ces évidences dont personne ne mesure encore l’enjeu, celles qui feront, demain, la différence entre les marques qui survivent et celles qui disparaissent.

On parle beaucoup de visuels générés par IA, de descriptions automatiques et de vidéos « magiques ». Oui, cela existe. Oui, cela impressionne. Mais l’enjeu profond est ailleurs : Jusqu’ici, raconter une histoire de marque reposait sur un narrateur : un styliste, un photographe, un directeur artistique.

Désormais :

l’IA analyse les comportements d’achat, détecte les micro-tendances avant même qu’elles n’émergent, construit des narrations sur mesure, et adapte en temps réel l’histoire d’un produit selon la personne qui le regarde.

Ce n’est plus du storytelling, c’est du storyshifting : une histoire fluide, changeante, algorithmique.

mercredi 26 novembre 2025

LA CRÉATRICE QUI HABILLE LE TEMPS

Dgena Mouclier appartient à cette rare lignée de créateurs qui ne se contentent pas d’habiller le corps : elle habille le temps. Sa dernière collection repose sur un principe audacieux, celui du vêtement, conçu pour évoluer, muter, raconter une histoire à mesure que les mois s’écoulent. Chez elle, rien n’est figé : les fils se délient, les trames se modifient, et ce qui semblait terminé, n’était en réalité qu’un commencement.

Exploratrice textile, Dgena imagine des silhouettes vivantes, instables, presque organiques. Chaque vêtement est un cycle, une métamorphose programmée où l’éphémère n’est plus une limite, mais une promesse. Le geste créatif devient alors un pacte poétique entre la matière et le temps : accepter que tout change, que tout se réinvente, et que la beauté puisse résider aussi dans ce qui se défait.

Son approche, à la fois conceptuelle et sensible, fait d’elle une créatrice qui bouscule les codes du luxe et de la mode. En redonnant au vêtement sa dimension narrative, elle offre à chacun la possibilité d’être témoin d’une naissance, celle d’une pièce qui se révèle lentement, couche après couche, jusqu’à devenir autre.

FM


mardi 25 novembre 2025

KENZO TAGADA A MA MÈRE

Nous touchions enfin la terre d’Osaka, vaste ruche de métal et de vent, escortés d’une cohorte de journalistes et d’une légion de mannequins venus d’Amérique et de France. L’aéroport tout entier bruissait comme un océan soulevé par le tumulte des courants qui lèchent les côtes du Japon : la Haute Couture parisienne, débarquant en un cortège éclatant, et éveillait dans la foule un tumulte qui rendait les services de sécurité fébriles et presque farouches.

Quand soudain, dans ce fracas de voix et de lumières, surgit une silhouette improbable : une vieille femme Japonaise vêtue du kimono ancestral, avançant avec la lenteur sacrée de deux mille ans d’histoire. On eût dit une apparition, un souffle surgissant d’un film de Kurosawa, une parenthèse de poésie glissée au milieu du vacarme des hommes.

Le temps, un instant, suspendit son battement. Puis, il reprit, pesant, les agents de sécurité, découvrant qu’elle n’appartenait à nul protocole, se ruèrent et l’arrêtèrent à deux pas de mon père. Elle criait, dans une langue qui vibrait comme un chant antique, des mots dont il ne saisissait pas le sens.

« Que dit-elle ? » demanda Jacques Mouclier à sa traductrice.
« Elle vous remercie pour son fils, Monsieur Mouclier. »

vendredi 21 novembre 2025

FAKE DREAMS REAL LIKES THE WIRKIN PARADOX

Do you remember Walmart’s “Birkin,” affectionately nicknamed the Wirkin, born as an unintentional tribute to American creativity and a certain impatience with Hermès’ legendary waiting lists? Well, guess what: it’s back shinier than ever ready to parade alongside chrome pickup trucks and XXL burgers.

The Wirkin is basically the ultimate symbol of the American paradox in pure “Trumps-style”: They don’t like the Chinese… but oh boy, do they love Chinese counterfeits! A real patriotic-pragmatic dilemma: support local industry, or grab a $89.99 fake Birkin that looks legit from three meters away? The choice is obvious especially when you want to impress the in-laws at the Sunday barbecue.

On social media, the Wirkin has become a superstar. Videos are everywhere:
“Real or Fake?” people ask, as if this were a reality TV show sponsored by mainland China. Influencers even test the bags by banging them against SUVs, as if shock resistance were the first criterion of luxury. Bethenny Frankel turned herself into the official referee of real vs. fake, collecting hundreds of thousands of likes along with a few cold sweats among Hermès’ legal team.

And let’s be honest: the fake has its charms.
A real Birkin costs between $20,000 and $35,000… the equivalent of three months’ worth of pickup truck gas, or one VIP seat at a political rally. So why resist? Especially when the vegan leather perfectly imitates the grain of the real thing, and that shiny little lock an unapologetic copy of the iconic charm sparkles almost as brightly as a post-whitening smile.

jeudi 20 novembre 2025

TALONS AIGUILLES ET VERNIS KITSCH

Derrière son vernis kitsch assumé, ses néons criards et son style rutilant comme une vitrine de Midtown un vendredi soir, la dernière production de Ryan Murphy, portée ou avalée par la Kim Kardashiante, ne raconte au fond qu’une seule chose : la guerre acharnée que se livrent des femmes prêtes à endosser n’importe quel métier, du plus prestigieux au plus improbable, pour ne plus jamais retomber dans l’abîme gris de l’anonymat. C’est la Working Girl, des bas fonds de la rue St-Denis, et un ersatz du film de Mike Nichols, sorti en 1988, avec Melanie Griffith, Sigourney Weaverde où chacune rêve moins de réussir que de ne jamais disparaître.

Avec son trio d’avocates carnivores, incarnées par un casting démesuré, Murphy propulse sa série au centre des conversations comme un shoot d’ambition pure. C’était sur Disney+ le 4 novembre dernier, un pseudo-ode au pouvoir féminin ressemblant à un manuel de survie en territoire patriarcal. On ne s’élève pas, on grimpe aux rideaux en talons « Louboucatin » de douze centimètres, on dévore, on ronge, on s’arrache chaque centimètre carré de visibilité comme s’il s’agissait d’oxygène.

Dans les couloirs aseptisés des cabinets et sur les bancs glacés des tribunaux, Allura Grant (Kim Kardashian), Dina Standish (Glenn Close) et Liberty Ronson (Naomi Watts) se battent moins contre des divorces que contre l’invisibilité qui menace toute femme dépassant la quarantaine. Leurs dossiers deviennent des accessoires, leurs clients des prétextes. Ce qu’elles plaident vraiment, c’est leur droit à rester sur le devant de la scène. À rester désirées. À rester nommées.