MODEPARIS
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mercredi 25 février 2026
CHRONIQUE D’UN DÉFILÉ SOUS LA TAMISE IMAGINAIRE
mardi 24 février 2026
PLUIE SUR LONDRES, PAILLETTES POUR L’ENNUI
Le défilé s’est tenu au pied du Shard, ce gratte-ciel de Renzo Piano, gigantesque godemichet architectural pointé vers les nuages comme une prière indécente. Difficile de ne pas soupçonner que cette vision verticale ait inspiré la collection, tant elle semblait conçue pour être vue de loin, très loin, idéalement par quelqu’un d’astigmate comme la pyramide de la Reine Magot à Paris.
Les mannequins, drapés de paillettes comme des boules à facettes anthropomorphes, évoluaient devant la skyline londonienne pour un survol au-dessus d’un nid de cocottes consentantes. On aurait juré un enterrement de vie de jeune fille sponsorisé par Swarovski.
L’été dernier, Macdonald avait découvert le Shard au crépuscule après un cocktail de gin arrosé d’un Vermouth à la Elton. Ainsi, ému par les reflets irisés, il obtint la permission d’y organiser son défilé. Il tenta de recréer ces couleurs dans une collection scintillante, prouvant une fois de plus que l’imagination peut être un très beau filtre de lunettes moites pour nuits blanches.
lundi 23 février 2026
FODAY DUMBUYA 2026 LONDRES
L’ikat, le tartan, le coton brodé, la soie imprimée parlaient comme des archives vivantes. Chaque fibre revendiquait un port, un exil, une histoire oubliée. Sur scène, les métiers à tisser « Harris », imperturbables comme des monuments, opposaient leur lenteur obstinée à la tyrannie du jetable. Les tisserands, graves, tissaient autre chose que des étoffes : une révolte patiente, un appel contre l’amnésie culturelle.
Les silhouettes n’ont pas défilé, elles ont explosé. Couleurs insolentes, coupes tranchantes, silhouettes militaires transformées en bannières utopiques. Les robes, trenchs et pantalons devenaient océans, ciels, continents, revendiquant une liberté presque insolente. Dumbuya ne marchait pas sur le fil du portable audacieux : il le faisait vibrer comme une lame, mêlant Denim imprimé, raphia, broderies indiennes et soies chinoises dans une géographie politique du vêtement.
vendredi 20 février 2026
LE LUXE FRANÇAIS AU SOMMET DU PRÉCIPICE
Il fut un temps où Paris dictait le goût comme on dicte une langue. Le monde apprenait le français du luxe avec l’application d’un élève amoureux : couture, parfum, artisanat. Cette syntaxe lente et précieuse faisait de chaque objet une phrase longue et nécessaire. Aujourd’hui, le monde parle plusieurs langues. Séoul invente des néologismes. New York impose son accent, Shanghai prépare sa grammaire impériale. Paris, lui, continue de conjuguer le passé, avec un charme qui confine parfois à l’entêtement.
Le luxe a changé de nature. Il a quitté les salons feutrés pour entrer dans l’économie mondiale, ce grand roman-feuilleton où chaque trimestre doit offrir son cliffhanger. Les créateurs sont devenus des personnages publics, surveillés par des algorithmes qui remplacent la critique d’art par des courbes d’engagement. Le génie, autrefois solitaire et lent, doit désormais se prouver en temps réel, sous peine d’être remplacé comme un acteur qui ne fait plus recette.
jeudi 19 février 2026
FOURRURE, POUVOIR ET CONTROVERSE L’ÉNIGME BASSO
Devenir le « fourreur des femmes fortunées » a fait de Basso un symbole : celui d’un luxe qui persiste à célébrer la fourrure malgré les décennies de critiques, de campagnes militantes et de virages éthiques pris par une grande partie de l’industrie. Alors que de nombreuses maisons ont renoncé à cette matière au nom du bien-être animal et de la pression sociétale, Basso choisi la continuité, revendiquant la fourrure comme un terrain d’expérimentation esthétique, presque ludique, où paillettes et couleurs audacieuses remplacent la gravité du débat.
Cette posture n’est ni provocatrice ni militante : elle est révélatrice d’un monde où la fourrure reste un marqueur de pouvoir symbolique, un code social réservé à une élite qui peut se permettre d’ignorer la controverse.
mercredi 18 février 2026
KHAITE BY CATHERINE HOLSTEIN
lundi 16 février 2026
ALTUZARRA 2026
Être femme, cette chambre chaude où le monde se dénude, et avoir dans la gorge la douceur du miel et dans le ventre la foudre de jupiter. J’aurais voulu être celle qui donne la vie et donne à l’homme la faim d’un vin qui se répand dans la nuit,
Poétesses aux mille cœurs, constellations palpitantes au-dessus des palmeraies indociles, corps fait de couleurs et de climats, blondes comme l’aube berbère, noires comme la braise saharienne, blanches comme les patios de Fès où la lune se repose, elles portent la révolte dans leurs hanches, le murmure dans la nuque, la promesse dans leurs paumes ouvertes.
jeudi 12 février 2026
LAUREN CONSTELLATIONS SUR LE VELOURS
mercredi 11 février 2026
NEW YORK VERSUS PARIS
New York, ne joue pas du 11 au 16 février, la ville ne se contente pas d’organiser une Fashion Week : elle compose un récit. Chaque show s’inscrit dans une dramaturgie claire, chaque créateur trouve sa place dans une constellation lisible. Les femmes créatrices prennent la lumière, non comme une tendance opportuniste, mais comme une architecture pensée : Daniella Kallmeyer, Ashlynn Park, Maria McManus, Colleen Allen, Stephanie Suberville, Isabel Wilkinson Schor. Une génération racontée, contextualisée, amplifiée.
À Paris, on empile les maisons comme on empile les siècles : impressionnant, mais parfois écrasant. À New York, on raconte une histoire dans laquelle les jeunes voix dialoguent avec les monuments vivants : Marc Jacobs, Ralph Lauren, Carolina Herrera, Michael Kors, Coach, Calvin Klein. La tradition ne bloque pas la circulation ; elle devient un boulevard.
mardi 10 février 2026
LE COUP D’ÉTAT SILENCIEUX DES GÉANTS DU NUMÉRIQUE
En quelques années, une poignée d’entrepreneurs est passée du garage californien au trône invisible du monde. Leurs entreprises sont devenues des États sans frontière, leurs plateformes des continents où nous vivons. Ils financent, influencent, arbitrent, parfois décident. Et l’on s’habitue à leur pouvoir comme on s’habitue à la météo. Ce basculement ne fut pas un coup d’État, mais une translation lente par doses homéopathiques. Ainsi, le pouvoir a glissé du politique vers la technique, du débat vers le code, de la loi vers l’interface. Les gouvernements négocient avec eux comme avec des superpuissances, les citoyens, eux, naviguent et cliquent. Alors, une question s’impose : que signifie encore vivre librement quand nos existences passent par des architectures conçues par d’autres ?
Peut-être qu’une nouvelle philosophie de vie naît ici, dans cette tension, une philosophie du désenvoûtement technologique, refuser d’être seulement un profil, une donnée, une variable dans un modèle prédictif. Réapprendre à distinguer l’utile du captivant, le nécessaire du manipulatoire, le progrès de l’addiction.
lundi 2 février 2026
LETTRE OUVERTE A LA COUTURE
Pendant que certains récitent l’héritage, les petites mains, les gestes murmurés comme des prières, ailleurs, tout s’accélère : Vitesse, mutation, formes irréconciliables avec l’aiguille mais parfaitement compatibles avec l’impression. Paris polit son passé jusqu’à le rendre inoffensif. L’autre, l’empire préfère le futur brut, encore brûlant, encore instable, presque dangereux.
On vous dira que ce n’est pas de la couture. Trop conceptuel. Trop numérique. Trop dur. On vous expliquera que la beauté doit rester souple pour être tolérée. C’est faux, car ces silhouettes tiennent, elles ne flottent pas, elles s’imposent comme des armures de lumière, issues d’un calcul, et parfois d’une erreur devenue langage.
Ne vous y trompez pas, s’ils montent à Paris, ce n’est pas par admiration, c’est par stratégie. Ils ont compris ce que nous feignons d’ignorer. Le luxe n’est plus un refuge, c’est un champ de bataille visuel. Chaque collection est une prise de position, et pendant que certains restaurent des mythes épuisés, d’autres en génèrent de nouveaux à la vitesse de la lumière.
vendredi 30 janvier 2026
MODE ET MÉDAILLES EN CHOCOLAT
En vérité, c’est un monde qui chute sans même la décence de le faire élégamment. Un monde où les moins que rien sont hissés à l’honneur, un monde où l’on empâte la couleur, où l’on découpe le réel à la truelle pour que tout brille, que tout explose au final comme la rébellion de Bolotnikov. On pointille l’éléphant, on atomise le bon goût, et l’on finit par infliger à l’œil de l’esprit la même douleur que celle qu’une tôle clinquante renvoie au soleil. La vulgarité n’est jamais belle et la repeindre ne l’anoblit pas, elle la rend seulement plus bruyante.
jeudi 29 janvier 2026
ALESSANDRO MICHELE OU LE GÉNIE DE LA DÉVIATION
Chacun regardait seul, bien que tous regardaient ensemble un rituel public fondé sur l’isolement du regard. Le Kaiserpanorama offrait l’accès à des villes lointaines, des paysages exotiques, des monuments, des ruines, des scènes de la vie quotidienne dans des lieux inaccessibles. Un monde entier entrait dans une pièce pour voyager sans déplacement, par la seule intensité de la vision.
Pour cette collection de Haute Couture, la Maison Valentino a recréé un Kaiserpanorama en grandeur nature, invitant les afficionados à découvrir les modèles non pas sur un podium frontal, mais à travers un dispositif circulaire de vision fragmentée. Chaque création se dévoile par un oculaire, dans une proximité presque troublante, réservée à un seul regard à la fois.
Un "peepshow" du XXIe siècle assumé, et le public, les fesses tournées sur l'extérieur regardant, par le hublot, les silhouettes défiler, où les corps deviennent images. Ainsi, Valentino choisit de ralentir, d'isoler et de concentrer. Là où l’époque multiplie les regards. La Maison les singularise. Là où la mode est souvent livrée aux foules et aux écrans, elle redevient expérience intime.
lundi 26 janvier 2026
HERMÉS LE DERNIER SOUFFLE D’UNE ÉLÉGANCE ÉTERNELLE
Quand Véronique Nichanian, gardienne patiente et souveraine de l’homme Hermès depuis trente-sept années, s’apprête à quitter la scène, une émotion grave et profonde circule comme une onde sous les voûtes du soir. Ce qui fut longtemps un rendez-vous presque monacal au Palais d’Iéna s’est déplacé, à l’heure où le jour se retire, vers le Palais Brongniart, métamorphosé en vaste cérémonie du souvenir. Là, dans la pénombre dorée, la reconnaissance semble suspendue dans l’air même que l’on respire. Elle émane des visages rassemblés, des figures célèbres qui l’ont croisée sur leur chemin, comme des artisans de l’ombre qui l’ont accompagnée.
mercredi 21 janvier 2026
LA MODE EN MÉNAGERIE SUR CINTRE
Mais ici, pas de message écologique ou animalier : Marco s’inspire d’une campagne de 1997, où l’humain et l’animal fusionnaient. Sans doute l’époque bénie où l’on confondait un mannequin et une girafe après trois verres de chianti, sorte de « condamnés de draps communs « .
Entre classicisme et fantaisie, un prétexte pour mettre des plumes sur des tweeds, et appeler cela une « réflexion sur l’instinct face à l’intellect ». Autrement dit : si c’est moche et cher, c’est la touche conceptuelle façon Jacque-mumuse.
Les smokings sont en soie, les manteaux en tweed, les revers en plumes, et les blousons décorés de tête de hiboux autrement dit, une ménagerie sur cintre. On imagine la scène : « Chéri, tu as vu mon pull hibou ? Non, mais il était chouette ! »
lundi 19 janvier 2026
LES JIKATABI COPIÉS PAR LA KARDA
Les jikatabi sont des chaussures traditionnelles japonaises au design reconnaissable à leur séparation des orteils. Contrairement au folklore paresseux qui les colle aux ninjas de pacotille, elles sont nées au début du XXe siècle sous l’impulsion de Tokujiro Ishibashi, frère du fondateur de Bridgestone.
Il n’en fallait manifestement pas plus pour que La Kim Kardashian s’en empare, les recycle, les dilue, puis les sert tièdes dans une association opportuniste avec Nike. Cette mécanique de copies culturelles, pudiquement rebaptisées “inspirations”, a permis à l’empire Kardashian d’atteindre une valorisation obscène de 5 milliards de dollars, tout en tirant dans son sillage des marques comme Alo ou Lululemon. Peu importe que certaines trébuchent ensuite, l’important est d’avoir pressé le citron jusqu’à la dernière goutte pour changer sa Rolls.
Voici donc celle que l’on a accueillie à bras ouverts à la Paris Fashion Week, et qui, désormais, ne se contente plus de prospérer sur le dos des couturiers français, mais s’attaque aussi aux cultures qu’elle ne comprend pas. Ce pillage est presque logique chez quelqu’un qui n’a rien à transmettre, rien à défendre, rien à incarner.
Rien d’étonnant, au fond, chez quelqu’un qui n’a ni héritage intellectuel, ni regard, ni vision. Kim, la surface brillante ou tout glisse, et rien ne s’imprime. La Trump au féminin, mais sans même l’effort de la caricature politique. Même brutalité marchande, même indifférence aux autres, même obsession du chiffre.
Une femme d’affaires “successful”, certes ! Mais culturellement analphabète, éthiquement creuse, et fièrement hors-sol. Un miracle de vacuité transformé en empire.
FM
vendredi 16 janvier 2026
MADONNA LA PROVOCATION TYPE EHPAD
La mode adore les fantômes qui refusent de traverser le miroir. Madonna, jadis sismographe du désir et dynamite culturelle, devient ici vitrine. Non pas icône libre, mais produit sous cellophane, exhibé comme une preuve de concept. Regardez, semble dire la campagne, le temps n’existe pas, la chair ne se fatigue pas, le désir est Photoshop-compatible, pour un mensonge poli, un mensonge luxueux.
Ce n’est pas une femme libre qu’on expose, c’est un cadavre retouché de plastique, pur un corps momifié par la lumière, la chirurgie et la peur panique de disparaître. La chair n’est plus vivante, elle est gérée, administrée, Lissée jusqu’à devenir une surface publicitaire sans histoire ni vérité. Ce n’est pas l’âge qui est montré, c’est son effacement.
Autrefois, grenade dégoupillée dans la culture pop, elle n’est plus qu’un hologramme crispé, condamné à surjouer l’outrage pour masquer le vide. Elle ne choque plus personne. Elle mendie l’attention comme un empire déchu exhibe ses ruines. La provocation est devenue sa perfusion.
jeudi 15 janvier 2026
VIVRE OU SE RACONTER UNE ILLUSION CONTEMPORAINE
FM. : Vous dites que vous “débloquez l’invisible”. On parle de quoi exactement ?
Odile Laganier :
De ce qui freine en silence. Ce n’est pas forcément spectaculaire. Ce sont des automatismes, des loyautés familiales, des croyances héritées, des mécanismes de protection, des non-dits, des peurs, parfois juste un mauvais câblage avec le monde. La plupart des gens pensent qu’ils ont un problème de stratégie. En réalité, ils ont un conflit intérieur non résolu. On ne peut pas piloter sa vie si une partie de soi est encore en train de survivre.
FM. : Beaucoup de vos clients ont “réussi” sur le papier. Pourquoi viennent-ils quand même vous voir ?
Odile Laganier :
Parce que la réussite externe ne remplace pas la paix interne. On peut avoir coché toutes les cases mais ne pas habiter sa vie. On peut être applaudi mais pas aligné. On peut avoir la bonne trajectoire mais pas la bonne énergie. Et quand ça se voit, c’est tard. Quand ça se sent, c’est le bon moment pour intervenir.
FM. : Concrètement, comment vous travaillez ?
mercredi 14 janvier 2026
LE SAVIEZ-VOUS ?
D’abord utilitaire, presque modeste, la sneaker est l’enfant du sport : Tennis, croquet, athlétisme. En 1917, Converse lance l’All Star, bientôt adoptée par Chuck Taylor, et la sneaker commence à comprendre qu’elle peut raconter autre chose que la performance. Elle devient identité.
Le XXe siècle l’attrape par la cheville et l’emmène courir partout. Dans les années 1950, James Dean la porte comme un refus poli de l’ordre établi. Dans les années 1970, les rues de New York s’en emparent. La sneaker danse avec le hip-hop, court avec le basket, rappe avec les ghettos, signe des alliances avec les cultures marginales. Elle devient langage.


















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