vendredi 20 février 2026

LE LUXE FRANÇAIS AU SOMMET DU PRÉCIPICE

Le luxe français ressemble aujourd’hui à ces empires dont on célèbre la splendeur au moment précis où ils commencent à douter d’eux-mêmes. Tout y brille avec une obstination presque inquiète : les vitrines, les chiffres et les capitalisations boursières. On a remplacé les couronnes par des logos, mais la monarchie demeure, simplement cotée au Nasdaq.

Il fut un temps où Paris dictait le goût comme on dicte une langue. Le monde apprenait le français du luxe avec l’application d’un élève amoureux : couture, parfum, artisanat. Cette syntaxe lente et précieuse faisait de chaque objet une phrase longue et nécessaire. Aujourd’hui, le monde parle plusieurs langues. Séoul invente des néologismes. New York impose son accent, Shanghai prépare sa grammaire impériale. Paris, lui, continue de conjuguer le passé, avec un charme qui confine parfois à l’entêtement.

Le luxe a changé de nature. Il a quitté les salons feutrés pour entrer dans l’économie mondiale, ce grand roman-feuilleton où chaque trimestre doit offrir son cliffhanger. Les créateurs sont devenus des personnages publics, surveillés par des algorithmes qui remplacent la critique d’art par des courbes d’engagement. Le génie, autrefois solitaire et lent, doit désormais se prouver en temps réel, sous peine d’être remplacé comme un acteur qui ne fait plus recette.

jeudi 19 février 2026

FOURRURE, POUVOIR ET CONTROVERSE L’ÉNIGME BASSO

Dennis Basso incarne cette figure presque intemporelle du luxe américain, un créateur qui a bâti sa légende sur la fourrure, matière à la fois spectaculaire et profondément controversée. Son ascension, scellée dès les années 1980 par l’adoubement des élites new-yorkaises, raconte autant l’histoire de la mode que celle d’un certain rapport au pouvoir, au prestige et à la visibilité sociale.

Devenir le « fourreur des femmes fortunées » a fait de Basso un symbole : celui d’un luxe qui persiste à célébrer la fourrure malgré les décennies de critiques, de campagnes militantes et de virages éthiques pris par une grande partie de l’industrie. Alors que de nombreuses maisons ont renoncé à cette matière au nom du bien-être animal et de la pression sociétale, Basso choisi la continuité, revendiquant la fourrure comme un terrain d’expérimentation esthétique, presque ludique, où paillettes et couleurs audacieuses remplacent la gravité du débat.

Cette posture n’est ni provocatrice ni militante : elle est révélatrice d’un monde où la fourrure reste un marqueur de pouvoir symbolique, un code social réservé à une élite qui peut se permettre d’ignorer la controverse.

mercredi 18 février 2026

KHAITE BY CATHERINE HOLSTEIN


Il y avait là une installation qui semblait sortie d’un rêve un peu trop lucide, une hallucination de Matrix filtrée par l’intelligence d’un architecte amoureux. L’époux de Catherine Holstein avait bâti un décor qui disait tout sans rien avouer : l’ambition, la solitude, la jubilation tranquille d’une créatrice désormais installée dans le panthéon instable de la mode new-yorkaise. On y sentait cette certitude étrange, presque coupable, d’avoir réussi.

lundi 16 février 2026

ALTUZARRA 2026



Être femme, cette chambre chaude où le monde se dénude, et avoir dans la gorge la douceur du miel et dans le ventre la foudre de jupiter. J’aurais voulu être celle qui donne la vie et donne à l’homme la faim d’un vin qui se répand dans la nuit,

Poétesses aux mille cœurs, constellations palpitantes au-dessus des palmeraies indociles, corps fait de couleurs et de climats, blondes comme l’aube berbère, noires comme la braise saharienne, blanches comme les patios de Fès où la lune se repose, elles portent la révolte dans leurs hanches, le murmure dans la nuque, la promesse dans leurs paumes ouvertes.

jeudi 12 février 2026

LAUREN CONSTELLATIONS SUR LE VELOURS

La foule de la mode revient comme une marée parfumée dans la grosse pomme : Anne, Ariana, Emilia, Lana, et d’autres constellations de femmes s’asseyant dans la galerie comme dans une chambre secrète du temps où l’automne descend sur les arbres comme une pensée mélancolique sur l’âme, dorant les feuilles d’une lumière qui semble déjà un souvenir. Les murs respiraient des forêts peintes à la main, les rideaux de velours retenaient la nuit, les tapis anciens murmuraient des pas disparus, et le cuir fatigué gardait la mémoire des corps. Tout était là : les souvenirs d’une maison rêvée, où les vêtements étaient empilés sur la peau, comme si la saison des brumes était une chose que l’on pouvait toucher.

mercredi 11 février 2026

NEW YORK VERSUS PARIS

Pendant que Paris s’enorgueillit de son héritage en pontifiant, New York avance comme une machine narrative parfaitement huilée. D’un côté, la Fashion Week parisienne, organisée par le "Marrant", sublime sur le papier, mais souvent labyrinthique dans la réalité : calendrier modifié à la dernière minute, shows qui se chevauchent, lieux improbables où même les chauffeurs des limousines hésitent, invitations envoyées trop tard, et pas d'invitation parfois ! Paris aime le mystère, et frôle l’improvisation artistique pour faire croire qu'ils sont eux aussi créatifs.

New York, ne joue pas du 11 au 16 février, la ville ne se contente pas d’organiser une Fashion Week : elle compose un récit. Chaque show s’inscrit dans une dramaturgie claire, chaque créateur trouve sa place dans une constellation lisible. Les femmes créatrices prennent la lumière, non comme une tendance opportuniste, mais comme une architecture pensée : Daniella Kallmeyer, Ashlynn Park, Maria McManus, Colleen Allen, Stephanie Suberville, Isabel Wilkinson Schor. Une génération racontée, contextualisée, amplifiée.

À Paris, on empile les maisons comme on empile les siècles : impressionnant, mais parfois écrasant. À New York, on raconte une histoire dans laquelle les jeunes voix dialoguent avec les monuments vivants : Marc Jacobs, Ralph Lauren, Carolina Herrera, Michael Kors, Coach, Calvin Klein. La tradition ne bloque pas la circulation ; elle devient un boulevard.

mardi 10 février 2026

LE COUP D’ÉTAT SILENCIEUX DES GÉANTS DU NUMÉRIQUE

Ils ne gouvernent pas officiellement, mais ils règnent partout, ils ne portent pas d’uniforme, mais leurs décisions façonnent les guerres, ils ne se présentent pas aux élections, mais leurs algorithmes orientent les votes, les émotions, les silences.

En quelques années, une poignée d’entrepreneurs est passée du garage californien au trône invisible du monde. Leurs entreprises sont devenues des États sans frontière, leurs plateformes des continents où nous vivons. Ils financent, influencent, arbitrent, parfois décident. Et l’on s’habitue à leur pouvoir comme on s’habitue à la météo. Ce basculement ne fut pas un coup d’État, mais une translation lente par doses homéopathiques. Ainsi, le pouvoir a glissé du politique vers la technique, du débat vers le code, de la loi vers l’interface. Les gouvernements négocient avec eux comme avec des superpuissances, les citoyens, eux, naviguent et cliquent. Alors, une question s’impose : que signifie encore vivre librement quand nos existences passent par des architectures conçues par d’autres ?

Peut-être qu’une nouvelle philosophie de vie naît ici, dans cette tension, une philosophie du désenvoûtement technologique, refuser d’être seulement un profil, une donnée, une variable dans un modèle prédictif. Réapprendre à distinguer l’utile du captivant, le nécessaire du manipulatoire, le progrès de l’addiction.

lundi 2 février 2026

LETTRE OUVERTE A LA COUTURE

Ce qui arrive n’a pas encore de matière, mais sa structure est déjà là. Ce n’est pas une vague à observer depuis le rivage, c’est une architecture en cours d’élévation. Elle poussera au milieu de la vôtre, qu’elle plaise ou non au Seigneur des Arnault. Les créateurs chinois ne demandent plus l’autorisation, ils construisent une capitale imaginaire et l’installent au cœur de la nôtre.

Pendant que certains récitent l’héritage, les petites mains, les gestes murmurés comme des prières, ailleurs, tout s’accélère : Vitesse, mutation, formes irréconciliables avec l’aiguille mais parfaitement compatibles avec l’impression. Paris polit son passé jusqu’à le rendre inoffensif. L’autre, l’empire préfère le futur brut, encore brûlant, encore instable, presque dangereux.

On vous dira que ce n’est pas de la couture. Trop conceptuel. Trop numérique. Trop dur. On vous expliquera que la beauté doit rester souple pour être tolérée. C’est faux, car ces silhouettes tiennent, elles ne flottent pas, elles s’imposent comme des armures de lumière, issues d’un calcul, et parfois d’une erreur devenue langage.

Ne vous y trompez pas, s’ils montent à Paris, ce n’est pas par admiration, c’est par stratégie. Ils ont compris ce que nous feignons d’ignorer. Le luxe n’est plus un refuge, c’est un champ de bataille visuel. Chaque collection est une prise de position, et pendant que certains restaurent des mythes épuisés, d’autres en génèrent de nouveaux à la vitesse de la lumière.

vendredi 30 janvier 2026

MODE ET MÉDAILLES EN CHOCOLAT

Nous vivons dans un monde en déliquescence, un monde où l’on décore à l’Élysée un petit Pharrell Williams de la Légion d’honneur lui qui fut condamné à New York pour avoir confondu hommage et photocopieuse en pillant Marvin Gaye. Un monde où l’on distribue les médailles comme des tickets de métro, à la vitesse d’un Shinkansen lancé à pleine vitesse, alors c’est à Beckham, décorée des Arts et Lettres. Elle qui n’a jamais cousu une robe ni dessiné autre chose qu’un contour de sourcil. Mais après Jacquemus, pourquoi pas ?

En vérité, c’est un monde qui chute sans même la décence de le faire élégamment. Un monde où les moins que rien sont hissés à l’honneur, un monde où l’on empâte la couleur, où l’on découpe le réel à la truelle pour que tout brille, que tout explose au final comme la rébellion de Bolotnikov. On pointille l’éléphant, on atomise le bon goût, et l’on finit par infliger à l’œil de l’esprit la même douleur que celle qu’une tôle clinquante renvoie au soleil. La vulgarité n’est jamais belle et la repeindre ne l’anoblit pas, elle la rend seulement plus bruyante.

jeudi 29 janvier 2026

ALESSANDRO MICHELE OU LE GÉNIE DE LA DÉVIATION

À la fin du XIXe siècle, un dispositif singulier fit son apparition dans les grandes villes européennes : le Kaiserpanorama. Aujourd’hui presque oublié, il demeure pourtant fondamental pour comprendre un certain régime historique de la vision. Cette machine optique collective se présentait comme une structure circulaire en bois, percée de petits oculaires, autour de laquelle le public se rassemblait pour observer des images stéréoscopiques animées.

Chacun regardait seul, bien que tous regardaient ensemble un rituel public fondé sur l’isolement du regard. Le Kaiserpanorama offrait l’accès à des villes lointaines, des paysages exotiques, des monuments, des ruines, des scènes de la vie quotidienne dans des lieux inaccessibles. Un monde entier entrait dans une pièce pour voyager sans déplacement, par la seule intensité de la vision.

Pour cette collection de Haute Couture, la Maison Valentino a recréé un Kaiserpanorama en grandeur nature, invitant les afficionados à découvrir les modèles non pas sur un podium frontal, mais à travers un dispositif circulaire de vision fragmentée. Chaque création se dévoile par un oculaire, dans une proximité presque troublante, réservée à un seul regard à la fois.

Un "peepshow" du XXIe siècle assumé, et le public, les fesses tournées sur l'extérieur regardant, par le hublot, les silhouettes défiler, où les corps deviennent images. Ainsi, Valentino choisit de ralentir, d'isoler et de concentrer. Là où l’époque multiplie les regards. La Maison les singularise. Là où la mode est souvent livrée aux foules et aux écrans, elle redevient expérience intime.

lundi 26 janvier 2026

HERMÉS LE DERNIER SOUFFLE D’UNE ÉLÉGANCE ÉTERNELLE


Quand Véronique Nichanian, gardienne patiente et souveraine de l’homme Hermès depuis trente-sept années, s’apprête à quitter la scène, une émotion grave et profonde circule comme une onde sous les voûtes du soir. Ce qui fut longtemps un rendez-vous presque monacal au Palais d’Iéna s’est déplacé, à l’heure où le jour se retire, vers le Palais Brongniart, métamorphosé en vaste cérémonie du souvenir. Là, dans la pénombre dorée, la reconnaissance semble suspendue dans l’air même que l’on respire. Elle émane des visages rassemblés, des figures célèbres qui l’ont croisée sur leur chemin, comme des artisans de l’ombre qui l’ont accompagnée.

mercredi 21 janvier 2026

LA MODE EN MÉNAGERIE SUR CINTRE

Marco de Vincenzo, samedi soir, a décidé que le summum du chic, c’était de se promener avec une tête de rhinocéros miniature sur son veston. Y a-t-il un message en lien avec le livre d’Eugène Ionesco ? Évidemment non, car les gens de mode ne lisent pas. Il s’agit simplement d’une performance où un styliste décide de coller un empaillé sur le podium, faisant écho aux autres empaillés du public, et personne n’y a rien vu!

Mais ici, pas de message écologique ou animalier : Marco s’inspire d’une campagne de 1997, où l’humain et l’animal fusionnaient. Sans doute l’époque bénie où l’on confondait un mannequin et une girafe après trois verres de chianti, sorte de « condamnés de draps communs « .

Entre classicisme et fantaisie, un prétexte pour mettre des plumes sur des tweeds, et appeler cela une « réflexion sur l’instinct face à l’intellect ». Autrement dit : si c’est moche et cher, c’est la touche conceptuelle façon Jacque-mumuse.

Les smokings sont en soie, les manteaux en tweed, les revers en plumes, et les blousons décorés de tête de hiboux autrement dit, une ménagerie sur cintre. On imagine la scène : « Chéri, tu as vu mon pull hibou ? Non, mais il était chouette ! »

lundi 19 janvier 2026

LES JIKATABI COPIÉS PAR LA KARDA


Les jikatabi sont des chaussures traditionnelles japonaises au design reconnaissable à leur séparation des orteils. Contrairement au folklore paresseux qui les colle aux ninjas de pacotille, elles sont nées au début du XXe siècle sous l’impulsion de Tokujiro Ishibashi, frère du fondateur de Bridgestone.

Il n’en fallait manifestement pas plus pour que La Kim Kardashian s’en empare, les recycle, les dilue, puis les sert tièdes dans une association opportuniste avec Nike. Cette mécanique de copies culturelles, pudiquement rebaptisées “inspirations”, a permis à l’empire Kardashian d’atteindre une valorisation obscène de 5 milliards de dollars, tout en tirant dans son sillage des marques comme Alo ou Lululemon. Peu importe que certaines trébuchent ensuite, l’important est d’avoir pressé le citron jusqu’à la dernière goutte pour changer sa Rolls.

Voici donc celle que l’on a accueillie à bras ouverts à la Paris Fashion Week, et qui, désormais, ne se contente plus de prospérer sur le dos des couturiers français, mais s’attaque aussi aux cultures qu’elle ne comprend pas. Ce pillage est presque logique chez quelqu’un qui n’a rien à transmettre, rien à défendre, rien à incarner.

Rien d’étonnant, au fond, chez quelqu’un qui n’a ni héritage intellectuel, ni regard, ni vision. Kim, la surface brillante ou tout glisse, et rien ne s’imprime. La Trump au féminin, mais sans même l’effort de la caricature politique. Même brutalité marchande, même indifférence aux autres, même obsession du chiffre.

Une femme d’affaires “successful”, certes ! Mais culturellement analphabète, éthiquement creuse, et fièrement hors-sol. Un miracle de vacuité transformé en empire.

FM

vendredi 16 janvier 2026

MADONNA LA PROVOCATION TYPE EHPAD

Madonna, en combinaison sexy pour Dolce & Gabbana, 67 ans au compteur est toujours branchée sur la prise haute « pension » de la provocation. L’information circule comme un scoop, alors qu’elle ressemble plutôt à une rediffusion obstinée de l’Ortf. La transgression, ici, n’est plus un geste, mais un réflexe conditionné, un tic de star qui confond scandale et respiration artificielle.

La mode adore les fantômes qui refusent de traverser le miroir. Madonna, jadis sismographe du désir et dynamite culturelle, devient ici vitrine. Non pas icône libre, mais produit sous cellophane, exhibé comme une preuve de concept. Regardez, semble dire la campagne, le temps n’existe pas, la chair ne se fatigue pas, le désir est Photoshop-compatible, pour un mensonge poli, un mensonge luxueux.

Ce n’est pas une femme libre qu’on expose, c’est un cadavre retouché de plastique, pur un corps momifié par la lumière, la chirurgie et la peur panique de disparaître. La chair n’est plus vivante, elle est gérée, administrée, Lissée jusqu’à devenir une surface publicitaire sans histoire ni vérité. Ce n’est pas l’âge qui est montré, c’est son effacement.

Autrefois, grenade dégoupillée dans la culture pop, elle n’est plus qu’un hologramme crispé, condamné à surjouer l’outrage pour masquer le vide. Elle ne choque plus personne. Elle mendie l’attention comme un empire déchu exhibe ses ruines. La provocation est devenue sa perfusion.

jeudi 15 janvier 2026

VIVRE OU SE RACONTER UNE ILLUSION CONTEMPORAINE



FM. : Vous dites que vous “débloquez l’invisible”. On parle de quoi exactement ?

Odile Laganier :

De ce qui freine en silence. Ce n’est pas forcément spectaculaire. Ce sont des automatismes, des loyautés familiales, des croyances héritées, des mécanismes de protection, des non-dits, des peurs, parfois juste un mauvais câblage avec le monde. La plupart des gens pensent qu’ils ont un problème de stratégie. En réalité, ils ont un conflit intérieur non résolu. On ne peut pas piloter sa vie si une partie de soi est encore en train de survivre.

FM. : Beaucoup de vos clients ont “réussi” sur le papier. Pourquoi viennent-ils quand même vous voir ?

Odile Laganier :

Parce que la réussite externe ne remplace pas la paix interne. On peut avoir coché toutes les cases mais ne pas habiter sa vie. On peut être applaudi mais pas aligné. On peut avoir la bonne trajectoire mais pas la bonne énergie. Et quand ça se voit, c’est tard. Quand ça se sent, c’est le bon moment pour intervenir.

FM. : Concrètement, comment vous travaillez ?

mercredi 14 janvier 2026

LE SAVIEZ-VOUS ?

Avant d’être une obsession de collectionneurs, une devise de luxe ou un objet d’enchères, la sneaker est née d’un verbe : To sneak, se glisser. Avancer sans bruit. Échapper au regard. Tout est déjà là. À la fin du XIXe siècle, les chaussures font du vacarme. Le cuir claque, le talon martèle, la démarche annonce l’homme avant même qu’il n’entre dans la pièce. Puis, arrive une révolution silencieuse : la semelle en caoutchouc. Grâce à elle, on peut marcher sans être entendu. Les Anglais parlent de sneakers, ceux qui peuvent “sneak”, se faufiler. Le mot colle à la chaussure comme la gomme au sol.

D’abord utilitaire, presque modeste, la sneaker est l’enfant du sport : Tennis, croquet, athlétisme. En 1917, Converse lance l’All Star, bientôt adoptée par Chuck Taylor, et la sneaker commence à comprendre qu’elle peut raconter autre chose que la performance. Elle devient identité.

Le XXe siècle l’attrape par la cheville et l’emmène courir partout. Dans les années 1950, James Dean la porte comme un refus poli de l’ordre établi. Dans les années 1970, les rues de New York s’en emparent. La sneaker danse avec le hip-hop, court avec le basket, rappe avec les ghettos, signe des alliances avec les cultures marginales. Elle devient langage.

vendredi 19 décembre 2025

LE BELMONOPOLY DU LUXE DE L’ABSURDIE


Dans cette ère où certains Américains tournent le dos à l’Europe tout en vampirisant son esthétique, on observe un phénomène délicieux comme un croissant généré en 3D. Ils ne veulent plus mettre un pied sur le Vieux Continent mais leurs centres commerciaux se déguisent cependant en fausses piazzas, leurs parkings bondés jouxtent des canaux chlorés façon Venise, et les boutiques arborent des frontons qui tentent désespérément de ressembler à Florence .

Pendant ce temps, ironie étincelante, la franchise alimentaire, la plus performante du royaume du burger, n’est ni à New York, ni à Chicago, mais… en France. Là où les Français, dans un geste d’appropriation culinaire digne d’un détournement poétique, ont transformé le McDo en salon de thé futuriste, habillé de bois clair, de vitrines façon pâtisserie nordique et d’un soupçon de design minimaliste qui ferait pleurer un architecte du Midwest. Résultat : ce sont ces McDo hexagonaux qui tiennent tout le groupe par les lacets des sneakers dollars.

jeudi 18 décembre 2025

L’ÈRE DE L’OPINION SANS MÉTIER

Nous vivons une époque admirable : chacun y est spécialiste de tout, à condition de n’avoir jamais rien pratiqué. Le savoir y est jugé suspect, l’expérience arrogante, et la compétence, franchement indécente. Il suffit désormais de parler pour exister, et mieux encore : de parler mal, et surtout en abondance. L’opinion est devenue une carrière, et l’ignorance, une posture.

Ainsi donc, la Chine, ce pays que l’on disait si peu porté sur la fantaisie, vient de commettre l’impolitesse suprême : demander des compétences à ceux qui parlent de sujets qu'ils ne connaissent pas. Oui, des compétences ! Des diplômes, du savoir, du métier, l’horreur absolue pour une ère moderne où l’opinion se porte comme une casquette et la légitimité se télécharge avec un filtre.

C'est donc à compter du 25 octobre 2025 que les prophètes autoproclamés, les spécialistes nés entre deux stories, les experts en tout et spécialistes en rien, dont la seule qualification est d’avoir parlé plus fort que les autres, seraient bannis de la Chine. En somme, la Chine a osé rappeler que le sérieux n’est pas un hobby du dimanche.