Louxor, 5h du matin, c’est un petit matin frais sur les bords du Nil, je suis assis sur les rondins verts d’une passerelle et mes pieds tombent suspendus dans le vide entre bleu et bleu. J’ai l’impression de ne rien peser comme un corps diaphane dans la brume qui chuchote, et une barque au dessin naïf, peinte en rouge et vert, scintille comme si elle sortait d’un tableau de Turner.
Je voudrais seulement comprendre comment il se peut que tant d’hommes, tant de villes, tant de nations supportent quelquefois un technocrate seul qui n’a de puissance que celle qu’on veut bien lui donner.
Chose vraiment étonnante, et pourtant si commune, qu’il faut plutôt en gémir que s’en ébahir de voir un million d’hommes misérablement asservis, la tête sous le joug, non qu’ils y soient contraints par une force majeure mais parce qu’ils sont fascinés ou pour ainsi dire ensorcelés par le seul nom de la marque qu’elle représente.
Telle est pourtant la faiblesse des hommes : contraints à l’obéissance, obligés de temporiser, pour garder leur job et payer les études de leur enfants, et ainsi oublier leur liberté.
Soumis au pouvoir d’une seule organisation comme la cité d’Athènes le fut par la domination des trente tyrans, il ne faut pas s’étonner, mais bien le déplorer ou plutôt ne pas s’en étonner ni s’en plaindre, mais supporter le malheur avec patience, et se réserver pour un avenir meilleur. Et, quand, dans une profession, seuls deux hommes viennent prendre les produits de nos rêves, et nous vendent leur Eco-responsabilité, sont-ils moins tyrans ? En tous cas, la société d’Athènes a disparu car les tyrans finissent toujours par disparaître.
FM
