Bref, au numéro « un » se trouvait jadis un cabaret appelé « la maison la pomme de pin » où un vin sucré au miel, appelé l’hypocras, y coulait à flots. Rabelais, de son propre aveu, lui devait le plus clair de sa joyeuse inspiration. Étudiant en médecine à Paris vers 1530, l’auteur de Pantagruel se rendait bien souvent dans ce cabaret avec ses condisciples et son ami le poète Clément Marot.
Le cabaret, qui existait déjà bien avant Rabelais, continuera sa carrière bien après lui. Puis il passa de mode, mais il subsista en accueillant les étudiants du quartier. Pourtant en 1853, alors que « la pomme de pin » était âgée de plus de 400 ans, vint le moment où il fallut aménager la place et sacrifier le vieil établissement.
Aujourd’hui, pizzas et hamburgers ont remplacé « l’hypocras » d’autrefois, mais le nouvel immeuble a gardé sur sa façade le nom du cabaret : maison la pomme de pin. Et dans la rue Mouffetard, les parisiens se demandent toujours pourquoi ce drôle de nom, qui provient certainement des romains qui qualifiaient l’endroit de « Mons Cetarius » c’est-à-dire la colline des mareyeurs. Le nom se serait-il déformé en Mouffetard au cours des siècles ? Probablement pas, on peut néanmoins envisager un rapport avec le vieux mot français mouffette désignant une mangouste car il y en avait beaucoup dans la Bièvre, la rivière que la rue Mouffetard franchissait plus loin au bas de la colline. Comme quoi on peut habiter un quartier sans jamais savoir ce qu’il renferme.
FM
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