mardi 22 septembre 2026

J’ACCUSE LA VACUITÉ ÉRIGÉE EN COLLECTION

Pour le printemps, Yuhan Wang, nous propose une chambre; « à coucher dehors », comme on jette sur le trottoir les meubles d’un appartement qu’on vide à la hâte ! Sorte de champ de bataille improvisé pour bimbos en goguette, décor sans « des seins », intention sans architecture pour une pensée rare de la poétique du laid. La créatrice, qui croit savoir faire de la couture, associe une fragilité feinte à un romantisme de pacotille, un romantisme sans auteur, sans phrase, sans soleil. Mais, grands dieux, qu’on me trouve donc un seul roman, un seul vers, qui ait inspiré cette débauche de mièvrerie ! Il n’y a que l’idée d’une couture fantôme sur papier peint de bordel de campagne.

J’accuse cette chambre à coucher, qui aurait dû être le plus intime des théâtres et qui n’est plus qu’une scène sans metteur en scène, un décor où personne ne sait plus jouer sa propre pièce. Sa démarche ? Il faudrait le demander au Marrant, cette anthropologue de la mode qui, seule, a gardé l’œil assez neuf pour observer l’espèce humaine sans en avoir honte. C’est qu’il y a là un crime dont on ne parle jamais, un crime sans bruit ni sang, le seul vraiment parfait : celui qu’on commet en détournant les yeux. On regarde sans voir, on hausse les épaules avec cette élégance particulière des gens qui ne veulent rien savoir, et on passe. On passe surtout par la rue Saint-Denis, parce que c’est encore le chemin le plus court pour ne rien changer à rien.

Métaphore éculée, de ce miroir de poche transformé en sac, en breloque, en gadget vendable. J’accuse les motifs de cerises et j’accuse, par-dessus tout, cette collection si morne qu’elle ne mérite même pas le nom de collection, sorte d’assemblage ou d’addition l’un inventaire d’un vêtement qui n’est qu’un tissu de plus sur un cintre qui finira sur la voirie. Bienvenue à la Fashion Week de Londres : on y expose, cette saison, le vide habillé en idée.

FM