Mais, enfin, depuis quand faut-il une charte pour enseigner ce que tout le monde sait déjà ? La mode, qui prétend dicter les tendances, semble avoir quelques décennies de retard sur la décence.
On nous parle de formations, d’accords écrits, de signalements anonymes. Magnifique ! Il faudrait donc apprendre à des adultes qu’une position de pouvoir ne donne aucun droit sur le corps d’autrui. Et protéger l’anonymat de ceux qui dénoncent, preuve éclatante d’un milieu où parler peut encore coûter une carrière ! C’était déjà le cas en quarante, décidément la France ne change Jamais !
Et que dire de cette autre découverte : à seize ans, on est encore mineur ! Il aura fallu des années pour que l’industrie du luxe réalise qu’habiller des adolescents en adultes ne les rend pas adultes pour autant. Le plus consternant n’est pas l’annonce de ces mesures. C’est qu’elles soient encore présentées comme un progrès.
Car le problème dépasse largement les podiums. Il commence parfois dans les écoles de mode, se poursuit dans les agences, les studios, les maisons, partout où certains confondent influence et impunité, opportunité et soumission. Ce milieu, si prompt à donner des leçons d’esthétique, de diversité et de modernité, découvre soudainement les principes élémentaires du respect humain, et de la bonne éducation.
Et, comme toujours, il transforme cette prise de conscience tardive en opération de communication. On rédige. On signe. On communique. On applaudit. Mais la décence n’est pas une innovation, le respect n’est pas une tendance, et la morale n’a pas besoin d’une Fashion Week pour entrer en vigueur. La mode aime tant se proclamer en avance sur son temps, il serait peut-être temps qu’elle cesse d’être en retard sur l’essentiel.
FM
