Le temps ne s’écoule plus ce lundi, premier jour de la Fashion Week, il croupit. L’horloge égrène ses secondes comme un condamné compte les pierres de sa cellule, et chacune ressemble à la précédente, et chacune sera la sœur de la suivante. On voudrait que quelque chose arrive, n’importe quoi, une catastrophe, un cri sur le podium, pourvu que le silence de la création se fende, mais rien. Les murs gardent leur secret.
Quelque part derrière le visage, un autre soi-même regarde la scène depuis le fond d’un puits, avec colère, avec mépris, pour proposer le début de la Fashion Week de Paris, l’insondable banalité de Julie Kegels.
Car voilà le pire : l’ennui n’a pas la dignité de la douleur. La douleur sait au moins qu’elle vit, mais l’ennui nous propose une longue anesthésie, une mer morte comme la Rance où l’on flotte sans pouvoir couler. Les minutes s’y succèdent, identiques, comme des cercueils bien alignés, et l’on s’étonne à peine d’y reconnaître son nom comme couturière, on y entend seulement la brabançonne du prix LVMH.
L’après-midi tombe déjà sans promesse, et la nuit ne consolera rien : elle ne fait que changer la couleur du vide. Et demain, dès l’aube, à pas lents, l’ennui reprendra sa place, ce compagnon fidèle qui ne trahit jamais. Bienvenue dans la Fashion Week de Paris.
FM

